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lundi 1 septembre 2014

13_La nature est un conte de fées



« […] Car le monde véritable que la science nous révèle est de beaucoup supérieur au monde fantastique créé par l’imagination. »
Ernest Renan, l’Avenir de la science. Pensées de 1848.




Un numéro sur les couleurs, mais pas n’importe lesquelles ! Les couleurs multiples, changeantes, iridescentes, un vrai défilé “bling-bling” de fleurs, de papillons et de coléoptères. Alors, curieusement, cette “foire aux yeux” a fait resurgir en moi le souvenir d’un vieux film : Peau d’âne de Jacques Demy. Pourquoi ? c’est ce que j’ai voulu savoir et, par chance, une excellente version pixelisée et sous-titrée en serbo-croate est disponible sur YouTube.

Nous sommes en 1970 lorsque sort ce film, en plein mouvement psychédélique et les images de Peau d’âne sont saturées de couleurs : les chevaux et les serviteurs sont rouges ou bleus et, pour repousser le mariage incestueux, Peau d’âne exige de son père trois robes aux couleurs impossibles : du temps – « Quel temps ? Le beau temps bien sûr ! » –, de la Lune, puis du Soleil.

Revoir les films de son enfance, c’est prendre le risque de voir le charme s’évanouir, voir du mièvre où l’on voyait hier du rêve. Dès les premières minutes, mes préoccupations immédiates parasitent ma perception : le pourpoint démesuré de Jean Marais le fait ressembler à un gros coléoptère et la merveilleuse Micheline Presle tient le rôle d’une théorie évolutionniste : la “reine rouge”.

Mais finalement Peau d’âne est toujours merveilleux, même si l’objet de cet émerveillement diffère car les “ficelles” sont désormais bien visibles. Malgré les trucages approximatifs à la Meliès et le décor trop factice, la magie opère toujours et ce n’est pas seulement la performance de Catherine Deneuve (cuisinant sans rien perdre de sa grâce, engoncée dans plusieurs kilos de tissu, et surtout sans se salir les manches) qui l’explique. Alors d’où vient cette magie ?

Connaître les mécanismes de l’illusion ne la détruit pas, et même, au contraire, lui redonne de la force. C’est la conviction qu’Ernest Renan exprime dans ce texte où il réagit à « l’éternelle jérémiade de certains esprits sur les prétendus paradis dont nous prive la science ». À fin du XIXe siècle, il y a déjà longtemps que la chimie a tué l’alchimie et l’avènement des sciences objectives s’apparente pour beaucoup à un passage forcé à l’âge adulte condamnant fées, trolls et leprechauns au bûcher rationaliste.

Renan pensait que le merveilleux serait toujours contenu par les limites de notre imagination, alors que les créations du vivant, bien réelles, ne connaissent pas de limite. Il avait raison, les dinosaures n’ont pas tué les dragons, ils leur ont donné la force du réel. Savoir que le bleu des ailes des papillons morpho est produit par les nanoreliefs de leur surface n’enlève rien à leur beauté mais en révèle une autre.

Et demain, peut-être, toutes les petites filles pourront porter la robe couleur du temps de Peau d’âne, celle où passent des nuages, comme vous le découvrirez dans ces pages… Alors, émerveillez-vous !
Cécile Breton


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