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dimanche 8 janvier 2012

La lettre de Jean Jouzel à l'Institut de France

On sait Claude Allègre fâché avec une bonne partie de ses confrères scientifiques. Et le fossé creusé n'est pas prêt de se boucher. Alors que le géochimiste et ancien ministre de l'Education nationale revient dans l'actualité politique par le biais d'un livre sur Nicolas Sarkozy, ses - nombreux - opposants du monde scientifique se défient.

Ces dernières semaines, Claude Allègre a provoqué une succession de démissions au comité sociétal d'EDF après le soutien financier apporté par cette entreprise à Ecologie d'avenir, la fondation dirigée par l'ancien ministre. Avant le philosophe Dominique Bourg, c'était Jean Jouzel, l'ancien président du conseil de l'environnement d'EDF qui a tiré sa révérence, en fin d'année dernière. Jouzel, membre du GIEC et éminent spécialiste mondial de la climatologie ne s'était pas encore exprimé sur ce sujet. Interrogé dimanche par Espèces, il a précisé les raisons qui l'ont poussé à agir ainsi.

"Le vrai problème, ce n'est pas EDF, c'est Allègre. J'ai démissionné car il montre des valeurs que je ne partage pas du tout. Ce n'est pas le fait qu'il soit sceptique sur les travaux des climatologues. Le désaccord, c'est tout à fait sain. Mais le problème est éthique. L'éthique est une valeur complètement absente chez Claude Allègre. On ne traite pas ainsi les gens de "mafieux".

Quelques mois auparavant, 60 académiciens des sciences s'étaient fendus d'une lettre au chancelier du prestigieux Institut de France, qui réunit les cinq grandes académies, pour protester contre la nomination de Claude Allègre comme président du comité d'orientation d'Ecologie d'avenir.

Jean Jouzel avait, lui aussi - et de manière individuelle - écrit au chancelier pour regretter "l'erreur faite" par l'Institut de France. Voici son courrier, daté du 7 novembre :


Ecologie d'avenir se propose"d'aider à développer des analyses et proposer des solutions concernant les questions qui se posent dans les relations entre l'homme et son environnement", précise Claude Allègre, dans son éditorial, sur le site de la fondation. "L'association étroite de la fondation avec l'Académie des sciences et l'Institut de France garantit la qualité scientifique des débats et des propositions qui, nous l'espérons, pourront éclairer le développement économique futur que nous souhaitons durablement en croissance".

A l'origine du conflit entre Claude Allègre et de nombreux scientifiques français, la charge violente contre le GIEC (Groupement intergouvernemental pour l'étude du climat) dans son livre L'imposture climatique, où l'ancien ministre, traitait ses membres "d'imposteurs", participant d'un "système mafieux", "d'ayatollah" et de "fanatiques". Tout cela, Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération, le raconte très bien dans son blog.

A noter que la fondation Ecologie d'avenir envisage de ne pas traiter de climatologie - qui "n'existe pas en tant que discipline scientifique", expliquait Allègre en 2008 - parmi ses travaux. Pour Jean Jouzel, "le seul fait de ne pas vouloir parler du climat au sein d'une fondation d'écologie est un non-sens".

Julien Balboni

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