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vendredi 6 janvier 2012

La souris, meilleure amie des alcooliques

Un métabolisme bien supérieur à celui de l'être humain
et une mine d'information pour les laboratoires de recherches.

Mercredi, un laboratoire français a annoncé s’être doté d’un vaste laboratoire de recherche sur la dépendance à l’alcool.  Le Grap (Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances) d’Amiens, lié à l’Inserm, affirme ainsi posséder le seul labo en France à utiliser la vaporisation d’alcool pour susciter cette maladie chez l’animal, en l’occurrence des rongeurs (rats ou souris). Pour les chercheurs de l’Inserm, il s’agit de soumettre durant 14 heures par jour leurs sujets à des vapeurs d’alcool. Une fois dépendants, les rats de laboratoires ont ensuite le choix d’appuyer sur un levier de leur cage pour libérer une solution d’alcool à 10%. Et là, très rapidement, les rongeurs se mettent dans des états pas possibles.


C’est ainsi que les chercheurs ont réussi à montrer qu’un rat-témoin, non dépendant à l’alcool, appuie entre trois et six fois moins qu’un rat alcoolo-dépendant sur le “levier-barman” afin qu’on lui serve à boire quelque chose d’un peu fort. L’intérêt applicable de la chose est de pouvoir tester l’efficacité de traitements pharmacologique pour que le cobaye réduise sa consommation.

C’est que les rongeurs ont un métabolisme particulier qui en fait potentiellement d’incurables soiffards. Bien qu’en règle générale, ils ne soient pas friands du goût de l’alcool, ils ont une capacité métabolique “quatre fois supérieure à celle d’un être humain” *

Coïncidence des calendriers, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie, aux Etats-Unis, a découvert qu’une drogue permettait aux rongeurs de “désaoûler” à une vitesse jamais vue. Publiée dans le Journal of Neuroscience et reprise sur sciencenews.org, cette nouveauté ouvre de grandes perspectives. Ainsi, ces chercheurs américains ont montré que des rongeurs sous drogue – dihydromyricetine ou DHM, issue de l’arbre asiatique Hovenia dulcis – peuvent boire tout en étant capable de se mouvoir et de retrouver leur chemin. Et, qui sait, de se souvenir de leur digicode, de retrouver leurs clés dans leur poche et de rentrer chez eux sans réveiller leur compagne.

Blague à part, l’autre effet “miracle” de cette DHM,  selon Steven Paul, du Weill Cornell Medical College, à New York, est d’empêcher l’addiction à l’alcool ! Les chercheurs envisagent maintenant de tester la DHM sur l’être humain.

Gaver des cobayes d’alcool est une méthode utilisée depuis longtemps par la recherche. Et le rapport des animaux avec ce produit a été maintes fois étudié. C’est ainsi qu’à partir des années 1980, le psychologue américain Ronald K. Siegel, lui aussi de l’université de Californie, avait développé toute une théorie autour de l’alcoolisme latent de certains animaux. Pour lui, ils peuvent s’enivrer intentionnellement pour lutter contre le stress et les souffrances de leur vie. Siegel ne s’est pas arrêté là, il a également voulu connaître et décrire les réactions d’animaux sous l’effet de drogue. Son plus bel ouvrage : mettre des éléphants sous LSD. Peut-être que dans leurs rêves, ces derniers voyaient des petites souris roses danser. Ou tituber, plutôt.




Julien Balboni


*Sept grammes d’alcool pur par kilo de poids et par jour sont une quantité “suffisante”, selon les chercheurs de l’Inserm, pour qu’un rongeur soit considérée sous alcool. A titre de comparaison, un homme de 80 kilos devrait ingurgiter 560 grammes d’alcool pur par jour pour tenir la distance. C’est à dire, à la louche,  56 demis de bière.

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