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lundi 22 décembre 2014

La ruse des orchidées déjouée par le réchauffement global

Une ophrys araignée (cliché: Björn S., Creative Commons)

Des chercheurs anglais viennent de montrer pour la première fois comment le réchauffement climatique est susceptible d’affecter sur le long terme la pollinisation d’une plante par ses insectes associés.

L’espèce étudiée est une orchidée qui habite une grande partie de l’Europe, l’ophrys araignée (Ophrys sphegodes). Cette plante a développé une stratégie franchement « malhonnête » pour attirer ses pollinisateurs. Ses fleurs imitent les femelles de l’abeille solitaire Andrena nigroaenea pour tromper les mâles sans offrir la moindre goutte de nectar en échange de leur visite. Visuellement, la ressemblance est assez grossière (l’humain y a plutôt vu l’abdomen d’une araignée, d’où le nom de la plante). Olfactivement, en revanche, le piège est parfait : les abeilles mâles n’y résistent pas, et deux sacs polliniques se collent à elles au cours de la pseudocopulation qui s’ensuit. Facilement leurrées par plusieurs plantes successives, les abeilles assurent ainsi sans le savoir la reproduction de l’ophrys.

Pseudocopulation entre un mâle d'A. nigroaenea et une fleur d'ophrys araignée (cliché: Shuqing Xu, avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Les chercheurs ont examiné l’influence de la température printanière sur le rythme d’activité des abeilles et le pic de floraison des orchidées. Observations de terrain, spécimens de musée bien étiquetés et bases de données météorologiques ont permis de couvrir les 120 dernières années. Les analyses montrent que plus les printemps sont chauds, plus l’activité des abeilles et la floraison des orchidées sont précoces. Seulement, l’effet est plus marqué chez les abeilles ! 

Alors que chaque degré supplémentaire avance le pic de floraison des orchidées de 6 jours en moyenne, la période d’activité des abeilles mâles avance de 9 jours. Petit à petit, le réchauffement du climat désynchroniserait la floraison des plantes et l’activité de leurs pollinisateurs. 

De plus, les abeilles femelles tendent normalement à s'activer un peu plus tard que les mâles, qui ne sont ainsi pas tout de suite "distraits" par leur présence. Malheureusement, les femelles sont encore plus sensibles au réchauffement avec 15 jours d’avance par degré supplémentaire. Plus il fait chaud, plus les mâles rencontrent donc des femelles tôt, ce qui réduirait encore le nombre de plantes visitées.

Or, contrairement aux interactions généralistes où chaque plante dispose de nombreux pollinisateurs possibles, la reproduction de l’ophrys araignée dépend presque totalement d’A. nigroaenea. Les chercheurs estiment ainsi qu’une élévation de 2°C de la température printanière suffirait à affecter sérieusement la pollinisation de cette orchidée. Aussi efficace soit-elle, l’hyper spécialisation devient dangereuse quand les temps changent…


Référence : Robbirt K. M., Roberts D. L., Hutchings M. J. et Davy A. J., 2014 – “Potential disruption of pollination in a sexually deceptive orchid by climatic change”, Current Biology (doi: 10.1016/j.cub.2014.10.033)


Julien Grangier

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